Pour la première fois, le salaire est devenu la principale préoccupation des cadres, à égalité avec l’équilibre vie privée-vie professionnelle. C’est ce que révèle l’édition 2026 du baromètre de l’Ugict-CGT sur les opinions et les attentes des cadres.
Quel temps fait-il au-dessus de la tête des cadres en France ? Maussade assurément, d’après le baromètre 2026 (1). En deux ans, leurs préoccupations salariales ont bondi (+ 10 points) et concernent désormais 70 % des enquêté·es, à égalité avec la principale et historique attente des cadres : l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. La proportion de cadres qui considèrent que le salaire est une priorité est particulièrement importante dans la fonction publique territoriale (83 %), l’industrie (77 %) et la construction (76 %). « C’est énorme, commente Agathe Le Berder, secrétaire générale adjointe de l’Ugict-CGT, ça représente 18 points de plus qu’en 2016. » Elle met cela en regard avec une récente étude de l’Insee qui montre qu’entre 1996 et 2024, le salaire net moyen des cadres du privé n’a augmenté que de 0,5 % en euros constants, contre 14 % pour l’ensemble des salarié·es.
Seul un quart des répondantes et répondants ont bénéficié, ces derniers mois, d’une augmentation salariale permettant d’amortir le coût de la vie. Pour la moitié d’entre elles et eux, les augmentations n’ont pas amorti ces hausses de coût.Quant au dernier quart, il n’a connu aucune augmentation. La situation des cadres de la fonction publique est la plus critique, puisque 36 % d’entre elles et eux n’ont bénéficié d’aucune augmentation salariale. Ils et elles considèrent que leur rémunération n’est pas en adéquation avec leur charge de travail (60 % des enquêté·es), avec leurs qualifications (57 %), avec leurs responsabilités (54 %) ni avec leur temps de travail réel (52 %). Ce sentiment de déclassement est encore plus aigu pour les professeur·es et les professions scientifiques.
59 % des cadres travaillent plus de quarante heures par semaine
Agathe Le Berder met en cause la « vision rétrograde du partage des richesses » du patronat, fondée notamment sur l’épargne salariale, au détriment des augmentations de salaire. « Les seuls qui tirent leur épingle du jeu sont les cadres encadrants ou ceux qui acceptent le forfait-jours, » observe-t-elle en espérant une forte mobilisation à l’appel de l’intersyndicale de la fonction publique le 29 septembre.
À propos du temps de travail, le baromètre montre que 59 % des cadres travaillent au-delà de quarante heures par semaine et que 27 % dépassent même quarante-cinq heures. « Le forfait-jours est la source de nombreuses dérives », reproche Emmanuelle Lavignac, secrétaire nationale de l’Ugict-CGT. Une récente enquête de la Dares révèle que désormais, 57 % des cadres sont au forfait-jour, avec une sur-représentation des hommes de plus de 45 ans. On ne s’étonnera donc pas que les cadres, notamment celles et ceux de la fonction publique, aspirent à un meilleur encadrement du télétravail et à ce que soit garanti le droit à la déconnexion, une revendication portée par l’Ugict depuis 2014.
52 % des femmes cadres attestent le sexisme ordinaire
Alors que la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale est à la peine, le baromètre révèle que 53 % des cadres – et même 58 % des femmes cadres – estiment que les critères de rémunération ne sont pas transparents et ne garantissent pas l’égalité de traitement. « Les femmes ont bien repéré que le problème, ce sont les primes », souligne Emmanuelle Lavignac. La perception du sexisme ordinaire est fortement genrée puisque 52 % des femmes témoignent en avoir été témoins ou victimes, contre seulement 26 % des hommes. La sanction des entreprises qui n’appliquent pas les obligations en matière d’égalité femme-homme et de transparence salariale est un principe soutenu par 80 % des cadres, et davantage encore par les femmes (89 %).
La défiance à l’égard des politiques managériales se confirme d’année en année, 84 % des cadres ressentent des contradictions entre leur éthique professionnelle et les pratiques réelles de leur entreprise ou de leur administration ; cette situation concerne spécialement les cadres de la santé et de l’action sociale ainsi que les professeur·es et les professions scientifiques.
Contre la guerre et l’armement
Les cadres sont également préoccupé·es par la montée des conflits à l’échelle mondiale – Ukraine, Palestine, Iran en particulier – et par leurs effets sur l’inflation et sur l’industrie – production d’armement, hausse des cadences. Dans l’hypothèse où leur entreprise réorienterait sa production vers des biens ou des services militaires, 56 % des cadres se disent prêt·es à agir. Cette proportion atteint même 66 % chez les moins de 35 ans. Ainsi, la CGT se mobilise pour la paix et revendique de nouveaux droits pour les salarié·es : veto du CSE sur la stratégie, proposition, par les salarié·es en responsabilité, d’une production alternative, droit d’expression sur le lieu de travail.
En rapport avec l’organisation des Rencontres d’Options du 17 décembre sur la précarité des ingénieur·es, cadres, technicien·nes et agent·es de maîtrise (Ictam), le baromètre s’est intéressé au travail non salarié, souvent présenté comme une aspiration. En réalité, seulement 19 % l’ont fait, dont 9 % en auto-entreprenariat, 8 % en free-lance et 4 % en portage salarial ; parmi elles et eux, 49 % justifient ce choix par l’autonomie que procure ce statut et 22 % par une demande de l’employeur. À l’inverse, 74 % des cadres ne souhaitent pas recourir au travail non salarié. Celles et ceux qui l’envisageraient représentent 19 %, posent l’autonomie comme principal argument (56 %) et excluent la demande de l’employeur (6 %).
Enfin, le baromètre montre, pour la défense des droits, un renforcement de la confiance des cadres dans l’action collective : 31 % font confiance aux syndicats – cette proposition monte à 43 % dans la fonction publique. De même, 36 % des enquêté·es estiment que la CGT est efficace pour défendre les intérêts des cadres, soit 3 points de plus qu’en 2025 et même 16 points de plus qu’en 2016. Cette confiance se traduit dans les faits, avec une hausse de la syndicalisation à l’Ugict-CGT (92 000 affilié·es, soit + 19 % en quatre ans).
- Ce baromètre existe depuis bientôt quinze ans. Cette année, le sondage a été mené en ligne entre le 12 et le 26 mai auprès d’un échantillon de mille personnes, représentatif de la population des cadres travaillant en France métropolitaine ; la représentativité est assurée par la méthode des quotas appliquée aux critères de sexe, d’âge, de profession, de région et de secteur d’activité.
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